The Wilderness

The Wilderness

Lorsque j’entrai dans le bois, mon esprit soudain se retrouva assailli par ce mot.

Même si des traductions existent, que j’ignorerai tant elles me semblent loin du propos, je dois reconnaitre une fois de plus à la langue de Lance Weller cette force évocatrice et pragmatique qui partant d’un simple adjectif lui appose l’extension magique qui le transforme en un nom.

Le paresseux « lazy » devient ainsi la paresse, « laziness ». Le solitaire se métamorphose en solitude. Et le sauvage en … en quoi d’ailleurs ? en sauvagitude ?

Je laissai tomber la recherche d’un mot qui en aussi peu de lettres aurait la même puissance évocatrice que son cousin d’outre-Atlantique. Et me concentrai sur mes sensations.

La surprise ?

Un bois qui semble impénétrable, parcouru par un sentier sinueux et incertain, à deux pas de la ville, du Centre Scolaire Samuel de Champlain, de l’Eglise Saint-François-de-Sales. Nul habituel panneau indiquant que nous pénétrons une réserve naturelle, Boar’s Head, la Tête du Sanglier? Au contraire, il faut ruser, observer un peu la carte, sauter par dessus un ruisseau, se faufiler sous quelques sapins et enfin découvrir le panneau en question. Et apercevoir le sentier qui s’enfonce en direction d’ailleurs.

La chaleur moite et l’humidité ?

Un lendemain de pluie intense, où la chaleur et le soleil ont remplacé le brouillard. Tandis que le sol spongieux émet des bruits de succion sous mes pas, la sueur et la sensation de moiteur augmentent à mesure que je m’enfonce plus profondément en direction de la Kenebecassis. Quelques fougères, de la mousse, beaucoup d’ombre sous la canopée, des bruits inconnus, et voila que je me projette dans un nouvel imaginaire, hésitant entre la foret luxuriante du Mississippi ou celle d’une ère géologique disparue.

Ce parfum sucré ?

Mais que cela sent bon. D’où cela vient-il ?

La solitude ?

Seulement un lointain bruit de moteur, sans doute d’un bateau sur la rivière toute proche, l’expérience de solitude alors qu’on frôle le monde est complète. En presque deux heures de temps, personne.

Le souffle ?

Celui qui s’accélère. Au même rythme que mes pas ou au gré des montées qui succèdent aux descentes. Et qui me fait un peu tourner aussi la tête ou l’esprit alors que le sentier change constamment de direction.
Celui qui se coupe. A la vue de ce petit bout de pont de bois qui franchit ce ruisseau et vous emporte entre deux rochers plus vieux que toute autre chose aux alentours. Ou lorsque la foret soudain s’arrête pour tomber dans la rivière.
Celui enfin qui retrouve la norme. Paradoxalement, le souffle alors se relâche presque imperceptiblement tandis que je m’extrais du bois et foule de nouveau le sol ferme, propre, sans surprise. Au fond, je me demandais si je n’étais pas l’intrus ici.

“You must live in the present, launch yourself on every wave, find your eternity in each moment. Fools stand on their island of opportunities and look toward another land. There is no other land; there is no other life but this.”

Henry David Thoreau

3 réactions au sujet de « The Wilderness »

  1. Quelle est belle ton écriture, aussi belle qu’un roman de Lance Weller.
    Les post se font rares, mais c’est pour mieux en savourer chaque mot, chaque phrase, chaque idée.
    Mais qu’il est beau aussi ce roman de Lance Weller, Wilderness une beauté à chaque coin de forêt, dans un monde cruel.
    A ta façon c’est un bel hommage que tu lui rend, mais c’est aussi un immense hommage à la nature que tu nous offres.
    Je ne vais pas m’étendre sur un comm’, j’ai déjà soif de tant écrire, j’espère que vous allez bien…
    Magnifique… j’en ai des frissons, et des larmes quand j’y pense…

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